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Pourquoi on surnomme Ohrid la Jérusalem des Balkans

12 août 20264 min de lecture

Une colline au-dessus d'un lac millénaire où des couches païennes, chrétiennes et ottomanes se sont bâties les unes sur les autres, et où l'écriture slave elle-même est née.

Depuis plus d'un siècle, les voyageurs surnomment Ohrid "la Jérusalem des Balkans", et le nom lui est resté pour une raison qui n'a rien à voir avec l'effet d'annonce. C'est l'un des rares endroits en Europe où l'on peut passer, en une seule après-midi, des fondations d'un temple païen à une basilique paléochrétienne, puis au site d'une mosquée d'époque ottomane, jusqu'à un monastère orthodoxe, le tout encore debout, le tout construit couche après couche comme les sédiments se déposent dans un lac. Ohrid a mérité cette comparaison de la même façon que Jérusalem : non pas parce qu'elle serait sacrée dans l'abstrait, mais parce que tant de siècles de foi différents ont choisi exactement la même colline pour bâtir.

Une ville construite en couches, pas en rangées

La plupart des vieilles villes s'étendent vers l'extérieur. Ohrid a poussé vers le haut, couche après couche, sur le même versant au-dessus du lac. Les archéologues qui travaillent à Plaošnik, la colline en bordure de la ville, ont mis au jour des vestiges remontant au IVe siècle : une basilique paléochrétienne aux sols de mosaïque, probablement bâtie sur ce qui fut un sanctuaire préchrétien, puis reconstruite plus tard sous la forme de l'église Saint-Clément-et-Saint-Panteleimon. Se tenir à cet endroit, c'est se tenir sur au moins quatre époques religieuses distinctes, empilées sur les mêmes quelques mètres de terre. L'esplanade des Mosquées à Jérusalem fonctionne de la même manière : des confessions différentes, des siècles différents, le même sol revendiqué encore et encore parce que l'emplacement lui-même n'a jamais fait de doute.

Le dicton des 365 églises

La légende locale veut qu'Ohrid ait compté un jour 365 églises, une pour chaque jour de l'année. Prenez-le comme une légende, pas comme un recensement. Personne n'a jamais produit de décompte vérifié aussi élevé, et le chiffre exact varie selon qui raconte l'histoire. Ce qui est vrai et vérifiable, c'est que la ville et les collines environnantes abritent des dizaines d'églises et de monastères des périodes byzantine, slave médiévale et ottomane, une concentration inhabituellement dense pour une ville de cette taille. La légende exagère le chiffre. Elle n'exagère pas la densité.

Saint Naum et l'école littéraire d'Ohrid

La prétention la plus profonde d'Ohrid à cette comparaison n'est pas architecturale, elle est intellectuelle. Aux IXe et Xe siècles, saint Clément et saint Naum, disciples de Cyrille et Méthode, fondèrent ce que les historiens appellent l'école littéraire d'Ohrid, l'un des premiers centres d'alphabétisation et d'érudition religieuse slaves en Europe. Les étudiants venaient ici apprendre à lire et à écrire dans la langue vernaculaire slave, à une époque où la quasi-totalité de l'érudition sérieuse se faisait en grec ou en latin. Le monastère de Saint-Naum se dresse encore sur la rive sud du lac, si près de l'eau que des paons se promènent dans la cour et que la source sous l'église alimente directement le lac d'Ohrid. Jérusalem est devenue un centre d'étude religieuse parce que trois confessions avaient besoin d'un point de référence commun. Ohrid l'est devenue parce qu'une poignée de moines a décidé que le monde slave avait besoin de livres dans sa propre langue, et que cette colline serait l'endroit où ils choisiraient de les écrire.

Le lac qui a tout vu

Le lac d'Ohrid est l'un des plus anciens d'Europe, assez ancien pour avoir développé ses propres espèces endémiques introuvables ailleurs sur terre, dont la truite d'Ohrid. Les scientifiques débattent encore de son âge exact, il faut donc se méfier de tout chiffre précis qu'on peut lire à ce sujet, mais le consensus de la recherche est qu'il précède largement la dernière ère glaciaire. Chaque couche de l'histoire religieuse d'Ohrid, le sanctuaire païen, la basilique, les monastères, la forteresse du tsar Samuel sur la colline dominant la ville, a été construite à la vue d'une eau déjà ancienne lorsque la première pierre fut posée. L'UNESCO a reconnu cette combinaison en 1979, en inscrivant la région d'Ohrid parmi les rares sites au monde protégés à la fois pour leur patrimoine naturel et culturel.

La visiter aujourd'hui

La comparaison avec Jérusalem n'est pas qu'une anecdote historique : elle change réellement la façon dont il faut parcourir la ville. Commencez à Plaošnik le matin, quand la lumière rend les sols de mosaïque les plus faciles à voir. Suivez le chemin jusqu'à l'église Saint-Jean à Kaneo, perchée sur sa falaise au-dessus de l'eau, l'église la plus photographiée des Balkans et qui mérite chaque cliché. Montez à la forteresse de Samuel pour la vue qui explique pourquoi chaque empire passé par ici a voulu cette colline. Gardez Saint-Naum pour la fin, idéalement en traversant le lac en bateau, pour que le monastère apparaisse comme il était prévu, depuis l'eau, exactement comme les pèlerins l'atteignaient il y a mille ans.

Ohrid n'a pas besoin de la comparaison avec Jérusalem pour justifier une visite. Mais la comparaison est honnête, et elle indique quel genre de lieu on est en train de parcourir. Non pas une ville-musée mise en scène pour les touristes. Une colline que plusieurs siècles de foi ont jugée digne d'être bâtie, sans jamais s'arrêter.

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